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Le Mouvement du 20 février, encore une fois...

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Quand on veut cacher le soleil avec le doigt, on n’empêche pas son rayonnement, et quand l’autruche enfonce la tête dans le sable, elle n’écarte pas pour autant le danger. Ainsi des grands et des petits problèmes, qui ne disparaissent pas quand on les ignore ; et ainsi également du Mouvement du 20 février, qui bouclera la semaine prochaine son sixième mois.
Il est désormais nécessaire pour l’autorité, le gouvernement et les partis de d’ouvrir un dialogue avec ce mouvement, d’écouter ses revendications, et de respecter son droit à manifester pacifiquement. Le 20 Février est devenu partie intégrante du paysage marocain, et le symbole du printemps arabe au Maroc, abstraction faite de la nature de ses composantes et de la conformité de son calendrier avec un processus démocratique auquel aspirent les Marocains. Il est vrai que l’Etat ne qualifie pas ses jeunes de rats, de même qu’il ne leur tire pas dessus avec ses roquettes, et ne leur envoie pas ses escadrons de la mort ; au contraire, la plus haute autorité de l’Etat a essayé de répondre à quelques revendications des jeunes, mais à sa manière, sauf que cela n’est pas suffisant et que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour aboutir à du concret.

Lorsque Mohamed el Yazghi, ministre d’Etat, affirme que le mérite des réformes qui ont eu lieu jusqu’à présent revient aux manifestations du 20 Février, et lorsque Ismaël Alaoui, ancien SG du PPS soutient la même idée, et quand le le président du Conseil régional de Nador, Tariq Yahia, ose déclarer qu’il baptisera une place de la capitale du Rif du nom du 20 Février… toutes ces déclarations revêtent un sens particulier, que le Mouvement fait désormais partie des meubles et qu'il n’est plus ni bizarre ni empruntée.
Le Mouvement du 20 Février n’est plus le fait exclusif des seules jeunes qui sortent toutes les semaines dans les rues pour inciter les pouvoirs publics à davantage de réformes profondes de l’appareil d’Etat afin qu’il s’oriente résolument vers la démocratie, une meilleure répartition des richesses et plus de dignité pour les démunis… non, le 20 février est l’expression générique de la volonté commune des Marocains en faveur du changement. De larges franges de la classe moyenne, ainsi que d’autres catégories sociales, observent ce Mouvement avec une certaine reconnaissance, et attendent que l’Etat l’écoute à son tour et fasse du 20 février une date butoir, avec un avant et un après… Regardons la réalité, clairement et courageusement :

1/ Le Maroc contemporain a-t-il déjà connu pareil mouvement social qui revendique plus de réformes profondes, la lutte contre la corruption, le retour de la dignité humaine, et qui sort manifester tous les dimanches dans plus de 50 villes, comme le fait actuellement le 20 Février ?

2/ Le Maroc a-t-il déjà connu pareil mouvement social qui tient depuis 6 mois malgré tous les coups qu’il a reçus, de la répression aux condamnations, diffamations, tentatives de récupération, et qui n’a, à aucun moment, perdu de vue son caractère pacifique ni le sens de la mesure dans ses revendications, n’allant jamais jusqu’à demander la chute du régime ?

3/ Le Maroc a-t-il déjà connu pareil mouvement social, non idéologique, ayant fédéré autant de jeunes, malgré leurs différences politiques et culturelles, et qui se range sous un seul étendard nommé 20 Février, sans leader ni leadership ?

4/ Existe-il aujourd’hui au Maroc un parti, un mouvement, une association, y compris al Adl wal Ihsane qui a intégré le Mouvement du 20 février, capable de mobiliser et de gérer toutes les semaines ces masses impressionnantes de manifestants, tout en maîtrisant parfaitement ses revendications et en préservant son pacifisme ?

Si on n’admet que la moitié de ces vérités, alors la sagesse commande de s’asseoir autour d’une table avec ces jeunes, d’essayer de les écouter, de leur ouvrir les moyens audiovisuels publics, et de cesser de poursuivre ses membres dans les rues et les ruelles, comme de vulgaires chiens errants. La nouvelle Constitution n’est ni un aboutissement ni une fin en soi… La Constitution ne représente que les entrées dans le repas servi par l’autorité, étant entendu que l’appétit des Marocains ne saurait s’en contenter tant la faim les tenaille et qu’ils en ont oublié les saveurs des bons mets…