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La gestion déléguée de nos villes est-elle la bonne solution ?

On leur a presque tout concédé : l’eau, l’électricité, l’assainissement, la gestion des ordures ménagères, le transport urbain… Ces sociétés étrangères, qui profitent bien de l’aubaine juridico-fiscale qu’offre le pays, ne font pas mieux que nous.

Dès qu’ils prennent possession des biens et services qu’ils s’engagent à gérer « en bon père de famille » par le biais d’un cahier de charges pourtant très corsé, ces prestataires entament leurs activités par ce qu’ils appellent par euphémisme des « plans sociaux », qui veulent dire en langage décrypté: « licenciement des seniors », « réduction des coûts de production », « austérité ».

Surestimant leur capacité de gestion, ces entreprises finissent quelques mois plus tard par mettre la clé sous le paillasson en raison, disent-elles, de « difficultés financières », laissant derrière un déficit souvent important et une lourde facture sociale.

Ce scénario s’est produit récemment à Rabat avec la société délégataire du service de transport urbain » Stareo « , filiale de Veolia, qui a décroché en 2009 un contrat d’exploitation d’une durée minimale de 15 ans, mais a déposé le bilan 16 mois plus tard.

Le parcours de Stareo a été émaillé d’improvisations depuis son démarrage : désorganisation logistique, grèves du personnel, mise en service de véhicules bon marché – pour rappel un autobus avait pris feu l’an dernier au quartier Diour Jamaa heureusement sans faire de victimes-.

Les employés des anciennes sociétés de transport qui opéraient dans la ville multipliaient les débrayages, réclamant des indemnités de chômage et leur réintégration. Cette situation a eu des conséquences désastreuses sur le fonctionnement de ce service: Les heures d’attente devant les stations s’allongent, les transporteurs clandestins (Khettafas) se multiplient et la crise de transport dans l’agglomération s’installe et ne verra pas d’issue depuis.

Les autorités de la ville ont créé une nouvelle société pour gérer ce service, mais la problématique du transport urbain de Rabat ne semble pas connaître des jours meilleurs.

Autre secteur vital qui pâtit des mêmes insuffisances est celui de la gestion des ordures ménagères.

Les plus grosses parts de ce marché sont détenues par l’Espagnol TecMed, l’Américain EcoMed, les Français Segedema (filiale de Pizzorno Environnement), Sita (filiale de Suez) et Veolia Propreté.

Après les « sept jours » d’euphorie qui suivent la signature du contrat, ces entreprises « entrent en hibernation », laissent s’accumuler les détritus, malmènent leurs personnels et font des économies sur le carburant en réduisant la fréquence des passages des camions chargés de la collecte des ordures.

Résultat : des bennes débordées, des odeurs nauséabondes et des rues jonchées de saletés.

Ce spectacle, qui manque de ressembler à celui de la ville italienne de Naples, existe un peu partout à Rabat, Témara, Salé, encore moins dans d’autres villes comme Tanger, Marrakech ou Casablanca et tout récemment à Nador où un dialogue de sourds s’instaure entre la société délégataire et les autorités locales.

Les communes reprochent aux prestataires leur manque de sérieux, alors que ces derniers les accusent de « mauvais payeurs », mais la principale victime de ce quiproquo est le citoyen-payeur d’impôts qui se trouve au centre d’une querelle qu’il n’a pas cherché à provoquer.

Tout récemment dans la commune de Youssoufia à Rabat, la situation de la collecte des ordures ménagères avait atteint un niveau insupportable. Les autorités pointent du doigt le non respect par les deux sociétés délégataires du cahier des charges.

Les deux sociétés Tec-Med et Sita Al Baida font preuve de » négligence dans la gestion de ce secteur vital », avait déclaré à la MAP, M. Brahim El Joummani, président de cette commune.

A Nador, le président du groupement des communes pour l’environnement et maire de la ville, M. Tareq Yahya a confié récemment à la MAP avoir épuisé toutes les voies pour amener la société Veolia à remplir ses engagements et à respecter le cahier des charges, faisant état notamment de « défaillance » dans les prestations de collecte, de » non remplacement des engins et conteneurs détériorés » et de » non respect des horaires de passage des camions « .

Si le Maroc a ouvert ces secteurs vitaux au capital privé notamment étranger au cours des années 1990 pour en améliorer la qualité et l’efficacité, il fait face aujourd’hui à une situation qui le contraint de réfléchir sur ces mécanismes de gestion qui semblent montrer leurs limites.

Adil Z. Jabiri/MAP