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La privatisation de Maroc Telecom et le refus de la manipulation politique

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C'est une véritable manipulation politique, pour ne pas dire plus, que cette décision de céder 7% du capital que détient l'Etat marocain dans le capital de Maroc Telecom, afin d'en retirer 9 milliards de DH à verser à la Trésorerie du Royaume. Et cette décision est prise quelques mois avant le départ du gouvernement actuel, sachant que les offres seront présentées par le conseiller arrangeur de l'opération en septembre. De la même manière, une controverse économique, aux prolongements internationaux, est née de la déclaration d'intention de Vivendi d'acquérir, seul, ces 7%, renforçant encore plus son emprise sur l'entreprise dont il détient déjà 51% des parts, après en avoir acheté 35% en 2000, puis 16% en 2004.
Pourquoi est-il important d'arrêter cette opération, et même d'interroger ses initiateurs ? Et pourquoi la décision de cession a-t-elle été prise ?
La réponse à ces deux questions se trouve dans le rapport sur les entreprises publiques présenté par le gouvernement lors de la discussion de la loi de Finances 2011. Maroc Telecom représente une réserve stratégique pour le pays à travers sa contribution permanente aux ressources budgétaires, malgré le fait que l'Etat ne possède plus que 30% du capital. Ainsi, en 2009, cette contribution s'était élevée à 2,573 milliards de DH en plus de 100 millions de DH issus des biens publics mis à la disposition de l'opérateur ; ces sommes représentaient 25% de l'ensemble des versements dans les caisses de l'Etat des entreprises publiques dans les différents secteurs d'activité, et qui totalisaient 721 organismes. Les sommes en provenance de Maroc Telecom dépassent même celles versées par l'OCP !... Ajoutons à cela les impôts versés par Maroc Telecom, qui se montaient à 3,548 milliards de DH en 2009, soit 8,2% de l'ensemble de l'Impôt sur les sociétés.
Tous ces chiffres indiquent la possibilité pour le Maroc d'emprunter les capitaux dont il a besoin et qu'il pourra rembourser sur les seuls revenus des 7% qu'il veut à présent céder, et qui ne représentent que le quart de sa part dans le capital de l'opérateur. Mais il apparaît que la décision politique est autre, et va dans le sens contraire de la bonne gouvernance et de la transparence consacrées par la Constitution du 1er juillet, dont tout porte à croire qu'on essaye de la vider de tout son contenu. Nous sommes en droit de nous interroger sur les véritables raisons de ce nouveau cadeau à la France ? Et pourquoi cette précipitation à liquider les réserves stratégiques de l'économie nationale ? La question mérite d'être posée en ces temps de printemps arabe et suite aux différents jugements intervenus en Tunisie et en Egypte après des décisions de la même nature que celle tendant à céder Maroc Telecom et qui avaient dévoilé au grand jour les malversations et indélicatesses intervenues en coulisses de ces opérations de privatisation. Message adressé donc à ceux-là mêmes qui, chez nous, jouent avec le feu et donnent encore plus de raisons à l'agitation politique et sociale.
Nous attendons du parlement qu'il prenne ses responsabilités, à travers la convocation urgente de la Commission des finances afin de prendre les décisions qui s'imposent, avant qu'il ne soit trop tard...