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Combat au ministère de la Justice : pourquoi aujourd'hui et pas avant ?

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Le combat que mène depuis un an et demi Mohamed Naciri, le ministre de la Justice, contre les "phalanges" des grands directeurs de son ministère, sans pouvoir les ébranler, n'est plus un secret pour personne. Les discussions autour du sujet animaient les discussions des salons de Rabat et des hôtels de Casablanca, ainsi que les débats entre magistrats, avocats et tous ceux qui se sentaient concernés par le "ministère judiciaire", comme l'appellent les Marocains.
Que s'est-il donc passé ? A son arrivée au ministère, le 4 janvier 2010, Naciri a adressé au Cabinet royal, avec toute la diplomatie et la subtilité qu'on lui connaît, un courrier demandant l'autorisation de changer trois grands responsables, considérés comme les piliers  du ministère : Le Secrétaire général Mohamed Lididi, le directeur des Affaires pénales et des Grâces, Mohamed Abdennabaoui et l'Inspecteur général, Driss Bichr, qui a passé 18 ans à son poste... Le ministre, "enfant de la maison" parce que avocat du palais depuis longtemps, n'a reçu aucune réponse à sa demande, comprenant par ce silence que l'heure d'un tel changement n'était pas encore arrivée. Naciri a pensé alors à présenter sa démission d'un ministère perçu comme une grenade que tout le monde craint de voir exploser à un moment où tous parlaient d'une réforme de la Justice sans que personne ne sache par où la commencer... Jusqu'à cette semaine où la patience a fini par payer, le ministre recevant le feu vert pour entamer ses changements avec le SG et l'Inspecteur général, renvoyant le cas du directeur des Affaires pénales et des Grâces à une date ultérieure.
Peu importe de connaître les raisons qui ont incité Naciri à réclamer l'éviction des trois figures composant le noyau central du ministère de la Justice, parce que c'est son droit, comme il est du devoir de tout ministre qui se respecte et prend soin de son image de choisir l'équipe avec qui il veut travailler. Malheureusement, 90% des ministres qui se sont succédés aux différents ministères évitaient ce genre de demandes pensant, à tort ou à rasion, qu'en agissant ainsi il s'attireraient les foudres des dirigeants ou susciteraient leurs doutes sur leurs intentions. En effet, l'usage au Maroc veut qu'un ministre ne soit là que "de passage" à son poste, quel que soit son poids ou son appartenance politiques, et que les "pieux" du ministère sont le Secrétaire général et les grands directeurs qui ne se préoccupent en général ni des déclarations du ministre ni du programme gouvernemental car leurs véritables interlocuteurs se trouvent hors des bureaux de leurs ministres... Aujourd'hui, la nouvelle Constitution a permis d'accomplir la moitié du chemin en la matière en confiant les prérogatives des nominations et des révocations des hauts fonctionnaires au Conseil de gouvernement, c'est-à-dire au ministre concerné. Ceci constitue une grande avancée, en attendant qu'elle soit complétée par le choix de profils minstériels ayant assez d'audace pour décider des équipes technocratiques qui les aideront à matérialiser le programme de leur gouvernement.
Reste à se poser la question du timing de ces changements, intervenus dans le dernier quart d'heure de la vie de l'équipe el Fassi. De deux choses l'une : soit il s'agit d'une décision tendant à "réhabiliter" le ministre Naciri avant sa sortie du gouvernement, soit il s'agit d'une volonté de le maintenir à son poste dans le prochain gouvernement, en qualité d'indépendant, si le chef de ce gouvernement décide d'avoir recours à ses services... Peut-être, qui sait ?