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Agriculture : Que faire après le rejet de l'accord agricole par les Européens ? (Maroc)


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La Commission à l'Agriculture du Parlement européen (PE) vient d'annoncer son "rejet" de l'accord relatif à la libéralisation du commerce des produits agricoles. Ce refus est parti d'un groupe politique italien membre des eurosceptiques, le MEP, qui a plaidé pour un "abandon des négociations" en brandissant comme principaux arguments les conséquences négatives que cet accord générerait pour le secteur agricole des pays du Sud-Ouest européen. Le rapport du MEP appelle à une renégociation de l'accord en tenant compte de "l'adaptation des prix d'entrée des produits marocains sur le marché communautaire", ainsi que d'autres aspects liés au "phytosanitaire, au sanitaire et aux impacts environnementaux". Les conclusions de ce rapport recommandent le rejet de l'accord dans sa version actuelle et seront intégrées dans le rapport final que devrait élaborer la Commission du Commerce international (Com-Inta) du PE.  Et ce texte final de la Com-Inta sera soumis à débat au niveau du Parlement européen. Il est prévu que la Com-Inta présentera ses conclusions au mois d'août prochain, pour adoption en septembre. Il est attendu que le PE rendra sa décision en octobre. D'ici là, le Maroc devra défendre la version initiale, aidé en cela par les pro-accord au sein de l'intitution européenne. Mais il faut reconnaître que le lobbying espagnol a été efficace et le fait que ce soit le remuant  José Bové qui préside la Com-Inta, et qui a à plusieurs reprises fait part de son refus de l'accord, compliquera davantage la tâche de nos négociateurs.
Du coup, ce refus sonne comme une douche froide sur la délégation marocaine qui venait de se féliciter de la signature de l'accord de pêche. Il faudra donc changer son fusil d'épaule et réorienter les stratégies du plan Maroc Vert, axé autour de la priorité du marché communautaire comme réceptacle naturel des produits marocains. Il faut savoir que l'agriculture européenne connaît des moments difficiles dus à la conjonction de plusieurs facteurs : les terres cultivables sont de plus en plus rares, les exploitations actuelles s'essoufflent, les marchés sont de plus en plus étroits. Si on ajoute à ces élements le changement climatique et l'e-coli, on comprend dans quelle situation se trouve l'agriculture eurpéenne. A la lumière de ces données, le Maroc serait bien et mieux avisé de brandir ses atouts, comme la disponibilité du foncier agricole et industriel et le positionnement géographique du Maroc comme plate-forme d'exportation privilégiée vers les marchés africains. En d'autres termes, au lieu de focaliser toute l'attention sur l'exportation de nos produits, faisons en sorte d'attirer les investisseurs tant pour la production que pour la transformation. 
L'Europe traverse une crise sans précédent et se démène depuis trois ans pour essayer de sauver des pays qui menacent de faillite. Il est donc légitime, et prévisible, que le PE adopte une position de rejet de tout accord avec le Maroc. Or, l'Espagne se trouve doublement concernée : son économie est très fragilisée et elle est en première ligne pour supporter les affres d'une exportation massive des produits marocains vers l'Europe. Le ministre de l'Agriculture, Aziz Akhennouch, devra mieux bétonner son dossier, au risque de déformer le plan Maroc vert. Dommages collatéraux.